dimanche 3 juin 2007
par Grégoire Silacci
C’est dans cette ville slovène que le conseil de la Fédération international a achevé la semaine dernière son assemblée. A Portoroz, on y a bien mangé et on y a bien bu. On y a surtout adopté une nouvelle procédure pour l’attribution des dossards dans les disciplines de vitesse.
Avant Portoroz, une descente ou super-G se déroulait de la sorte : le leader du classement de la discipline (en descente, Didier Cuche, cela fait toujours plaisir de se le rappeler) s’élançait avec le dossard 30, son dauphin avec le 29, etc, etc. Avantage numéro un : c’était très clair pour le téléspectateur lambda. Avantage numéro deux : cela faisait rester ce même téléspectateur lambda (et accessoirement futur vacancier en station et acheteur de skis) devant son poste jusqu’au dossard 30. Après Portoroz, tout change. Et cela donne ce que je vais essayer d’expliquer au paragraphe suivant.
A compter de la saison prochaine, un tirage au sort entre les sept meilleurs mondiaux attribuera les dossards de 16 à 22. Les skieuses et skieurs classés du rang 8 au 15 dans le classement (les listes WCSL, en jargon alpin) partiront entre la 8e et la 15e position. Tous les autres partiront donc avant (1 à 7) ou après (23 et plus). M’avez-vous compris ? Si c’est le cas, c’est que je me suis mal exprimé… Car franchement, c’est un sacré micmac ce nouveau règlement.

Didier Cuche
Les causes de cette mini-révolution sont sportives. Enfin, soi-disant sportives. Ce nouvel ordre de départ va protéger les cadors. Ces derniers avaient exprimé à plusieurs reprises leur ras-le-bol l’hiver dernier, après avoir dû s’élancer sur des pistes détériorées au fur et à mesure des passages. Parmi les plus furax, pas mal d’Autrichiens, mais aussi, il faut bien l’avouer, Didier Cuche. Enfin bref. Tout ce beau monde sera dorénavant encore plus avantagé. Tant mieux pour eux. Mais que fait-on de l’égalité des chances entre coureurs ? Et à quand une théorie sur la lutte des classes dans le Cirque blanc ?
Reste que ce n’est pas le seul reproche. Il y en a un autre. Pour le formuler, refaisons appel à notre téléspectateur lambda. Le portefeuille de cet individu fait tourner la Coupe du monde. Sans lui, pas de skis à vendre ou de vacances à la montagne à promouvoir, donc pas de sponsors sur le circuit, donc pas de Coupe du monde. Bref, il faut le choyer, ce téléspectateur lambda. L’industrie du ski en est bien consciente. A Portoroz, les équipementiers ont d’ailleurs poussé un bon coup de gueule. En gros : «Chers membres de la FIS, nous investissons 150 millions de francs par année et nous attendons beaucoup mieux de votre part.» Une exigence parmi d’autres : «Le produit ski doit devenir plus vendable et plus intelligible pour les consommateurs.»
Voyez maintenant comment je retombe sur mes pattes. On demande à la FIS de faire du ski un spectacle grand public (et grandement lucratif). Et que fait la FIS ? Elle va piocher chez Kafka, et stipule que les meilleurs mondiaux partiront avec un dossard compris entre 16 et 22, que ceux qui sont bons sans être les meilleurs hériteront des numéros 8 à 15, que ceux qui sont bons mais moins bons que les bons s’élanceront avec les dossards 1 à 7 ou 23 à 30… Ah... Reparlez-moi de Portoroz…
Vos commentaires
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D\habitude on critique toujours les décisions qui privilégient l\aspect financier et médiatique à l\aspect sportif. Et là pour une fois que c\est le contraire on critique encore. C\est normal que les meilleurs puissent choisir leur dossards, il est vrai que ca aurait pas contre été plus simple de laisser le libre choix total entre le dossard 1 et 30 plutôt que cette combine de 15 et 22
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la, ça semble de plus en plus équitable.
et tant mieux.
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