jeudi 23 octobre 2008
par Psyko Franco
L'ouvrage de 128 pages, intitulé «Chroniques d'un insoumis» (éd. Slatkine), s'ouvre sur les carnets de bord du commentateur lors de ses cinq derniers Tours de France, soit de 2003 à 2007. On y découvre un Duboux écœuré par les affaires de dopage, par la course au fric d'ASO, la société organisatrice, par la dégradation des conditions de travail pour des journalistes TV qui avaient fait leurs armes durant l'âge d'or, quand on laissait encore le temps aux gens de creuser, de réfléchir, de bosser.
De l'arrogance d'Armstrong aux visées mercantiles de Patrice Clerc (ASO), en passant par la stupidité tenace des services d'ordre et la désorganisation crasse de la TSR, Duboux partage, au détour de quelques anecdotes truculentes, ses derniers moments sur la Grande Boucle. Un Tour qu'il a couvert 30 fois et qu'il connaît par coeur, à défaut de le reconnaître. «On n'en sortira donc jamais. [...] Je n'en peux plus. Je suis dégoûté, anéanti.» Extraits.
«Jadis, il y avait d'abord la course et l’événement Tour de France se construisait autour. Désormais, c'est le contraire : on vient voir le Tour non plus pour les coureurs mais pour la caravane pub, j'en suis de plus en plus convaincu. La course n'intéresse plus que les derniers accros du vélo. Le grand public sa passionne pour le défilé des véhicules commerciaux, pour l'animation, comme au cirque Barnum, aux carnavals de Nice ou de Rio. En attendant une vraie cérémonie d'ouverture, comme aux JO ? [...] Cette vision du Tour me confirme que tout n'est plus qu'un grand show voulu par ASO et son président, Patrice Clerc. [...] Les coureurs ? Otages d'un organisateur privé qui fait du fric sur leur dos. [...] Mais surtout le business, le mercantilisme, la démesure, le dopage ont tout gâché et changé les mentalités.»

Les exploits de Cancellara ? Duboux est sceptique
Sur Cancellara. «Comment ne pas avoir de doutes sur la performance supersonique de Fabian Cancellara, vainqueur du prologue à 53,660 km/h de moyenne en atomisant l'opposition ? Avec des écarts (Klöden 2e à 13 secondes, Hincapie-Wiggins à 23 secondes !) qui en font un extra-terrestre comme un certain Américain... lui aussi rattrapé par le dopage mais trop tard, hélas. [...] Impossible d'être insensible devant cette réussite exceptionnelle du Spartacus helvétique. Au fond de moi, quelque chose me dit toutefois de rester prudent et de mesurer mes propos. Car la collaboration avouée de Cancellara avec le professeur Cecchini fait jaser, comme celle de Vinokourov avec le controversé docteur Ferrari.»
Sur la sur-médiatisation. «Départ sous conduite, arrêt pipi, ajustage de l'oreillette, retour après crevaison, pseudo réglage du dérailleur : désormais la télévision montre tout et n'importe quoi.»
Amoureux du noble art, Duboux se montre également très critique envers un sport presque mort aux yeux du grand public. Profusion des fédérations, multiplication des catégories. Là aussi, le passionné souffre. D'autant qu'il se heurte au niet catégorique de la hiérarchie de la SSR, qui refuse de faire le moindre effort pour diffuser les grands combats ou réunions importantes se déroulant en Suisse. En première ligne, Jacques Deschenaux, alors chef du département Sports de la TSR. «L'inconséquence de Deschenaux me mettait dans une situation inconfortable vis-à-vis du public et des téléspectateurs.»
Sa «deuxième famille», comme il l'écrit lui-même. Le chapitre certainement le plus virulent de l'ouvrage. On y parle beaucoup de «l'inconnu François Jeannet», directeur du département après Deschenaux, lequel était «plus attaché à soigner ses relations personnelles à l'extérieur qu'à entretenir et faire fructifier l'héritage de son prédécesseur (n.d.l.r. : Boris Acquadro).» Jeannet, «une grossière erreur de casting», «propulsé à un poste pour lequel, de l'avis général, il n'est pas fait».
Sur le même sujet. «Rapidement, il nous apparut que l'organisation qu'il avait mise en place était pleine de lacunes et d'insuffisances. Un beau parleur, à l'accent neuchâtelois, plein d'idées sur le papier mais peu réalisables sur le terrain. De plus très influençable.»

Un vrai passionné
Sur la direction prise par la TSR. «Malgré les couacs, les incidents, les reproches, il n'y a jamais eu de remise en cause de leur part. [...] on rédige désormais un procès verbal lénifiant [...] La TSR est devenue une télévision de surconsommation, une télévision fast-food qui enchaîne les directs comme on ingurgite les hamburgers [...] Elle mobilise l'antenne mais ce n'est que du tape-à-l'oeil, un leurre, car l'emballage promet beaucoup plus qu'elle ne peut offrir. [...] saturation, indigestion mais sans plus aller au fond des choses. Combien de temps encore avant que le public romand ne s'indigne d'une telle indigence et ne déserte définitivement l'écran ? [...] Le tort de Jeannet et ses proches est d'avoir les yeux plus gros que le ventre alors que la TSR n'a plus les moyens de ses ambitions concernant le sport. [...] Pourquoi des émissions de remplissages, faites d'images prétextes assemblées bout à bout [...] ? Pourquoi proposer tout et n'importe quoi, sans budget, sans aucun concept, sans se préoccuper des conséquences de cette escalade qui nécessite du personnel et induit un véritable travail à la chaîne sans motivation pour ceux qui ont à en assumer la réalisation ? Faire moins mais mieux, voilà ce que beaucoup prônent et réclament depuis des années. En vain.»
Bertrand Duboux n'en veut pas à la TSR, sinon à sa nouvelle équipe dirigeante, qui procède «par la méthode de gestion à l'américaine» selon le principe du «marche ou crève». Une politique imposée par le grand chef Gilles Marchand, «avec ses conceptions de technocrate moderne, formé à la publicité, porté vers le marketing et le multimédia». Un homme qui «ne sera jamais de la famille» et qui dessine une TSR «qui se soucie plus de son look que du contenu».
En conclusion, Bertand Duboux nous livre une maxime qui, selon lui, circule régulièrement à l'interne, dans les couloirs de la tour, et qui résume bien ce qu'une bonne partie du public romand pense. «La TSR est la seule administration qui peut se payer sa propre télévision !»
Bonne nouvelle pour les lecteurs de Carton Rouge, Bertrand Duboux sera tout bientôt notre invité lors d'une interview où il reviendra sur son livre et expliquera certains points qu'il soulève. On se réjouit.
DUBOUX, Bertrand, «Chroniques d'un insoumis», 128 pages, Slatkin, Genève, 2008.
Vos commentaires
Nul doute que son livre soit un ouvrage de référence et que ces prises de positions sont exactes et correspondent à la réalité (corruptions, manipulations, mensonges sont hélas que trop présent et ceci ne peut que nous attrister)
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Je me réjouis de lire son livre.
Bon vent l\artiste !
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Au sujet du Tour de France, on peut encore rajouter que, suite aux recents scandales entachant le cyclisme (notamment celui de l\equipe allemande Gerolsteiner), sur pression d\une grande majorite de l\opinion publique allemande, l\une des grandes chaines de TV du pays \"ARD\" a decide de ne pas retransmettre le prochain TDR; et l\autre grande chaine \"ZDF\" hesite encore... Est-ce que d\autres chaines auront les \"cojones\" pour suivre le mouvement lance par l\ARD ?
Voila un signe fort et tres symptomatique de ce qu\est malheureusement devenu ce sport. Le gens ne sont plus dupes et le font savoir.
Personellement je trouve la decision excellente; je serais cependant curieux d\avoir l\avis de Bertrand Duboux si vous pensez que ca peut etre une question interessante a lui poser lors de l\interview a venir.
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Seul bémol par rapport à l\article (mais le livre est peut-être plus pondéré) est le fait que l\UCI n\est pas inclu dans la débacle qu\est le cyclisme actuel.
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Comme tu le mentionnes, les grosses chaines de TV allemandes risque ou ne vont pas transmettre la TdF 2009.
Réponse de Prudhomme, nouveau directeur du TdF:
Ce n\est pas juste de boycotté la retransmission de cet évènement sportif, car cela ne témoigne d\aucune gratitude de la part des gens pour tout le travail qui est mis en œuvre pour lutter contre le dopage dans le milieu cycliste international.
C\est vrai que l\argument apporter par Prudhomme, pris tel quel, peut être sujet à quelques interrogations.
Quoi qu\il en soit, lutte antidopage ou non, il faut l\avouer il y a une grande hypocrisie et si tous ne sont pas dopé, plus de la moitié le sont dans le monde professionnel et cela est une certitude.
Ce qui me révolte d\avantage c\est l\"incompétence\" pour ne pas dire la perversion de certaines nations du monde du sport qui ne fait rien ou pas suffisamment pour endiguer se fléau et les tricheurs qu\ils soient sportifs ou directeurs sportifs, membres d\associations, des fédérations... et laissent continuer à se propager tricheries et corruptions pour des enjeux politiques et économiques.
Duboux saura mieux parler que moi de ce sujet qu\il connait sur toutes ses coutures!
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Duboux a rendu mes Tours de France magiques à l’époque où je les suivais au thé froid et aux glaces de la Migros ! Zuelle, Rominger, Richard, Dufaux, il a versé une larme pour tous, fabuleux !
Bertrand, en 20 ans de TSR, en 20 ans de frustration, de dégoût, d’agacement, tu es le seul que je n’ai jamais insulté derrière ma télé, même dans ma tête. Je crois que c’est le plus beau compliment que je puisse modestement te faire…
Magnifique Bertrand, magnifique !
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Rien que pour ces contributions a mes joies sportives, ce bouquin sera sous l\arbre de Noel !
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De fait, le TDF est \"puni\" (non-retransmission) parce qu\il est le plus sérieux des grands tours dans la lutte contre le dopage. Et là, désolé, mais je me dois de donner raisio à Prudhomme.
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Que de regrets
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Des blaireaux comme Willemin ou Rosser feraient bien de s\en inspirer!
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Je continue a penser qu\il y a une grosse part d\hypocrisie dans les propos de Prudhomme dans le sens ou les organisateurs ont quand meme du se faire tirer l\oreille un bon moment avant de (a contre coeur) prendre des mesures drastiques.
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Cela dit, sur le fond, le résultat est que l\on trouve plus de cas de triche au TDF en raison de la pression des autorités françaises, et il est vrai qu\il serait un peu singulier que l\on en leur tienne rigueur en punissant le tour.
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Finalement, le cyclisme est mieux loti que le foot ou le tennis sur la TSR...
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Bonne journee a vous Mr Duboux
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