vendredi 19 novembre 2010
par Mirko Martino
Au Moyen Âge, la Toscane était un enchevêtrement de petits Etats autonomes. Au fil des siècles, les rivalités historiques entre toutes ces villes et provinces ont perduré et, de nos jours, elles trouvent leur point culminant lors des nombreux derbys qui parcourent la région. Pour résumer : les supporters de la Fiorentina n’aiment pas ceux du Siena, qui n’aiment pas ceux de l’Empoli, qui n’aiment pas ceux du Livorno, qui n’aiment pas ceux du Pisa (même si politiquement du même bord cheguevarien), qui n’aiment pas ceux de la Lucchese (adeptes pour certains de croix gammées), qui n’aiment pas ceux du Viareggio, qui n’aiment pas ceux de la Massese, qui n’aiment pas ceux de la Carrarese, etc, etc, etc…

Plantons le décor. Viareggio, située dans la province de Lucca, est une petite ville balnéaire célèbre pour son carnaval – le plus important du pays après Venise – et ses chantiers navals – envie d’un yacht ? – et qui rêve encore de s’affranchir de l’autorité administrative de Lucca. À Viareggio, on a pour habitude de détester tout ce qui vient de Lucca – notamment la légendaire tristesse et radinerie de ses habitants – et les nombreuses chansons du carnaval sont là pour le rappeler. Le premier derby remonte à 1919 mais celui qui marquera l’histoire date du 2 mai 1920. Ce jour-là, à la suite d’un 2-2 âprement disputé, l’arbitre (provenant de Lucca) siffle la fin du match avant la fin du temps réglementaire alors que Viareggio pressait pour inscrire le but victorieux. L’un des juges de touche (provenant de Viareggio) proteste, les joueurs en viennent aux mains, le public envahit la pelouse et les carabiniers sont appelés en renfort pour protéger les joueurs de la Lucchese. Lorsque tout semble rentrer dans l’ordre, un coup de feu part du côté des carabiniers et blesse mortellement le juge de touche de Viareggio : c’est le premier mort dans l’histoire du football italien. Sur la vague de l’émotion et de la colère éclate la «révolution» de Viareggio : durant trois jours la ville échappe à tout contrôle des autorités et reste isolée du reste du monde. Durant ces trois «journées rouges», la ville s’autogouverne, des barricades sont dressées, un étendard anarchiste flotte sur l’hôtel de ville et il faudra l’intervention de l’armée par terre et par mer pour mettre fin à cet épisode héroïque de l’histoire de Viareggio qui, bien que quelque peu embourgeoisée, garde encore cet esprit libertaire.
Dans un chassé-croisé de promotions, relégations, faillites et renaissances, cela fait 36 ans que la Lucchese et le Viareggio ne s’affrontent pas en championnat, l’attente est grande et l’enjeu également : les deux équipes luttent en bas du classement et une victoire ferait du bien d’un côté comme de l’autre. Le moins que l’on puisse dire est que le dispositif est à la hauteur de l’événement ! Les supporters visiteurs ne peuvent se rendre au Stadio dei Pini que s’ils sont titulaires du «passeport» du tifoso (la dernière invention transalpine pour tenter d’éradiquer la violence dans les stades) et ont un itinéraire protégé pour accéder à leur secteur. Les forces de l’ordre sont omniprésentes, il y a des barrages de police à chaque coin de rue et même un hélicoptère qui survole la zone déjà une heure avant le match. Contrôle d’identité pour acheter les billets, détecteurs de métaux à l’entrée, vente d’alcool interdite dans le stade et même Marcello Lippi (originaire de Viareggio) en tribune d’honneur : on a presque l’impression d’assister à un match important ! En cet agréable après-midi automnal et malgré l’absence de nombreux ultras du Viareggio interdits de stade, ce sont donc quelque 3’000 spectateurs qui ont fait le déplacement.

Sur le terrain, au vu des maillots des deux équipes, l’œil non averti pourrait penser à un Juventus – Milan, mais le niveau est bien celui d’un match de bas de classement de Serie C1. Sans doute crispés par l’enjeu, les joueurs n’offrent guère d’émotions en première mi-temps et le spectacle est véritablement du côté des gradins où, au milieu des effluves ganjesques, les chœurs s’enchaînent sans temps mort et les insultes volent de part et d’autre. L’avantage qu’ont les supporters du Viareggio c’est l’immense répertoire de chansons de carnaval à disposition et que tout un chacun se doit de connaître.
À la mi-temps, les cordes vocales se reposent quelque peu et lorsque le match reprend les rossoneri de la Lucchese ouvrent la marque après quelques minutes. Les supporters visiteurs en profitent pour faire leur petit show, mais du côté des tifosi du Viareggio les chœurs continuent, bien que moins soutenus. Puis, à la 72ème minute, égalisation des bianconeri locaux, libération et explosion de joie dans les gradins et les chants repartent de plus belle. Encore quelques actions, deux belles opportunités pour les locaux de prendre l’avantage malheureusement galvaudées et l’on en reste sur ce score de 1 à 1 qui ne fait les affaires de personne. Malgré l’ambiance bon enfant, les haut-parleurs du stade annoncent aux 300 supporters visiteurs qu’ils sont priés de rester dans les gradins afin de sortir de l’enceinte après les locaux. À la sortie du stade, les rangées de policiers anti-émeutes sont encore sur le pied de guerre, les enfants enroulent leurs drapeaux, les plus grands se renseignent des résultats des matches de la Serie A. Tout va bien, la révolution a été évitée…

Photos Aldo Umicini, copyright www.esperiaviareggio.it
Vos commentaires
Merci !
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Croix gammées en Toscane, c'est pas Lucca qui a l'exclusivité et les plus grands radins du monde sont les florentins surtout leurs dirigeants, il n'y qu'a voir le nombre de joueurs qu'ils ont découverts et vendus au prix fort, d'ailleurs lors de la vente du plus grand de tous Roberto Baggio, c'était la quasi guerre civile à Florence et j'y ai vu des tanks pour la première fois
et ce n'est pas l'actuel vendeur de pompes qui vaut guère mieux.
A part çà, enfin un article sympa
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En effet, les maillots visiteur ressemblent étrangement aux maillots du Milan AC des hollandais!
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j'en redemande ^_^
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@pinocchio
Qu'on aime ou pas, sans les vendeurs de godasses, (les fratelli Della Valle) la Viola n'aurait pas joué la Champions League et ne serait sûrement pas encore remonté en Serie A!
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