Souvent placée mais - quasiment - jamais gagnante, l'Espagne est-elle cette année sur les rails de son deuxième titre majeur sur l'échiquier international, Jeux olympiques de 1992 exceptés ? David Villa et Fernando Torres sont-ils les dignes successeurs de Pereda et Martinez Cao, buteurs en finale de l'Euro 64 face à l'URSS ? Après la leçon administrée à la Russie, les hommes de Luis Aragones ont dû attendre la 92ème minute pour venir à bout de coriaces Suédois. Mais la manière est là.
La démonstration a été éloquente. Avec son jeu basé sur la possession de balle (plus de 60 % !) , les Ibères ont donné le tournis à des Suédois pourtant ultra-réalistes, grâce à un Zlatan Ibrahimovic retrouvé. Les coéquipiers de "Psycho" doivent encore se demander où est passé le cuir lors de l'ouverture du score. Tout est parti d'un corner, appel pour une passe courte, puis remise à 16 mètres, centre dans la foulée et Fernando Torres surgit dans l'axe. Les Suédois se regardent, pantois, en train de se demander quelle tornade venait de leur passer dessus après à peine un quart d'heure.

La joie des Espagnols
Heureusement pour la Suède, Zlatan Ibrahimovic s'est rappelé qu'il était un artiste juste avant la mi-temps. Profitant d'un de ses rares ballons négociables, "Ibra" l'a contrôlé, a éliminé son opposant direct et l'a propulsé tranquillement sous la main d'Iker Casillas. Dominés en début de match malgré un dispositif très osé, les Suédois évoluaient alors un cran plus haut sur le terrain.
Visiblement embêtés par ce pressing, les Espagnols ont dû attendre la fin de match et une notable baisse de régime physique de leur adversaire pour passer l'épaule et s'assurer de leur ticket pour les quarts de finale. La sortie sur blessure d'Ibrahimovic a également fait très mal aux Scandinaves. Henrik Larsson n'a plus ses jambes de vingt ans - ni de trente d'ailleurs -, Johan Elmander n'a rien d'un ailier droite et Freddie Ljungberg vieillit à vue d'oeil.
Ce diable de David Villa a ainsi marqué son quatrième but en deux rencontres et on se demande bien qui pourra arrêter la somme de talent que représente la Selección. Quand on peut se passer d'un Cesc Fabregas pendant une heure de jeu, lorsqu'on peut laisser à la maison Raul et Guti, les grands artisans du titre du Real Madrid, c'est qu'on est soit complétement fou, soit très sûr de son fait...

Luis Aragones jubile...
Mais comme pour les Néerlandais, les Espagnols savent bien que le beau jeu, les tours préliminaires facilement expédiés et le talent individuel ne sont pas garants de succès. Des machines tactiques vont se dresser devant eux dès les quarts de finale et il sera alors peut-être l'heure de regretter l'absence de joueurs expérimentés. Ceux qui ont la formule magique pour gagner des titres. Et dans la sélection de Luis Aragones, ils se comptent sur les doigts d'une main amputée cette saison.
Photos Pascal Muller, copyright www.mediasports.ch
Tivoli-Neu, Innsbruck. 30'772 spectateurs (guichets fermés).
Arbitre : M. Vink (PB).
Buts : 15e Torres 0-1. 34e Ibrahimovic 1-1. 92e Villa 1-2.
Suède : Isaksson; Stoor, Mellberg, Hansson, Nilsson; Elmander (79e Larsson), Svensson, Andersson, Ljungberg; Larsson (87e Kallström), Ibrahomovic (46e Rosenberg).
Espagne : Casillas; Sergio Ramos, Puyol (24e Albiol), Marchena, Capdevilla; Senna; Iniesta (59e Cazorla), Xavi (59e Fabregas), Silva; Villa, Torres.
Notes : la Suède sans Wilhelmsson et Alexandersson (blessés).
Cartons jaunes : 53e Marchena, 55e Svensson.
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