samedi 16 juillet 2011
par Gary Romain
Mais quelle mouche a bien pu piquer Massimo Lorenzi ? Le plus people des chefs des sports de la TSR de la création s'est lâché sur l'antenne de la radio romande. Un discours offensif, gauchisant, dépassé même, peu en phase avec la réalité du sport moderne. Qu'importe, le quinquagénaire a tiré à boulets rouges, blancs, verts, jaunes et rose caca pomme dans tous les sens - surtout celui du vent -, tout en occultant - certainement volontairement - certaines vérités qui méritent d'être rappelées.
«Quand quelque chose vous passe sous le nez et que vous le faites contre quelqu'un qui a un porte-monnaie plus gros que le vôtre, il part avec une grosse avance d'emblée. Les TV payantes peuvent se payer les sports qu'elles veulent et le privatiser. Cela me désole, parce que sur le service public, on essaye de diffuser le sport. On ne pense pas à faire du business, on pense à le montrer à un maximum de gens», s'est étranglé l'ancien présentateur de «Viva» et d'«Autrement dit».
Certes, mais dans la réalité des faits, la SSR aurait, selon les médias, offert plus que leur adversaire (186 millions). Tout en incluant au passage dans le «package» la production de ces rencontres par sa filiale TPC et un magazine diffusé dans les trois langues nationales. Au final, ce sont les Suédois de Mediatec qui ont emporté le marché et certainement envoyé certains des employés de son concurrent au chômage technique. Une des sources du courroux de Massimo peut-être ?
«Le match n'est pas complètement terminé, a assuré le grand brun avec deux chaussures en cuir. On va se battre pour continuer à défendre une certaine idée de libre accès du grand public au sport (réd: c'est la luuuuuutteuh finaaaaaaleuh). On va encore discuter avec la Ligue et avec Swisscom, qui est détenteur de ces droits. Si cela se passe bien, on continuera à pouvoir offrir une offre intéressante sur le service public. Si cela se passe mal, il faut que le public sache que le fait que la Ligue a vendu les droits à Swisscom signifierait que le football pourrait disparaître. C'est une éventualité qu'on ne peut pas exclure. Je ne le souhaite pas, je n'ose pas y croire, mais c'est une éventualité puisqu'aujourd'hui, la balle n'est plus dans notre camp. Celui qui possède tout cela peut fixer les tarifs qu'il veut. On entrera ou on entrera pas en matière.» J'en ai la larme à l'oeil.
«Il faut que les dirigeants qui ont choisi les millions - parce qu'ils ont choisi les millions contre la diffusion ; ils ont eu un raisonnement purement financier ! - sachent que pour la popularité et la diffusion de leur sport, ce n'est pas une bonne chose, lâche-t-il en plein auto-emballement. Et il faut dire les choses comme elles le sont, j'ai beaucoup de respect pour Swissom TV, mais combien sont-ils ceux qui la regardent ? Quelques milliers par matches... Il faudra payer 2,50 francs par match (réd: hé Massimo, les 450 balles de la redevance, c'est quoi ?), je vous assure que les gens vont y réfléchir.»
Bizarre, bizarre. A la suite de l'attribution des droits vendredi, il a bien été précisé dans des dépêches d'agences, ainsi que dans le «Blick» de samedi, que la SSR allait pouvoir diffuser en direct une rencontre par journée. La TV Suisse et la Swiss Football League se chargera de définir quelle affiche aura la chance d'être vue gratuitement dans tout le pays et analysée en profondeur par Droopy Henchoz ou Blue eyes Castella. C'est tout de même 26 rencontres de plus que lors du contrat actuel. Alors Massimo ? Oubli volontaire ou quoi ? Pure désinformation ? Quoi d'autre ? Là, j'ai de la peine à suivre...
Surtout que la première soirée de la première journée (je me comprends) de Super League a donné le ton. D'un côté, une heure d'analyse sur Swisscom par un type, Alain Gaspoz, qui a joué dans les deux clubs en lice et qui a décortiqué le match avec un présentateur compétent, le tout avec très peu de pub. De l'autre, la TSR avec son habillage habituel qui ne changera pas dans les 45 prochaines années.
«Ensuite, la qualité du traitement du sport n'a rien à voir avec celle qu'offre aujourd'hui le service public suisse, qui est à mon avis un des meilleurs services publics qui soient. Je suis inquiet, déçu, mais de loin pas résigné.» Euh... Il faut vraiment répondre là ? Sans l'arrivée de la TV privée sous nos latitudes, serait-il possible de suivre chaque match de son équipe ? La Challenge League aurait-elle une telle exposition, à part quand on se rend compte bien tard que ce serait bien de chiper un SFC-LS aux TV locales ? Serait-il possible de regarder le match de foot ou de hockey de son choix et dans sa langue ? Bien sûr que non et en plus, on connait ton amour immodéré pour le jeu de rondelle... Alors pour l'argument «exposition», on va peut-être élargir le spectre d'analyse, avant d'aller faire des théories d'après-apéro à la «Fête de l'Humanité».
«Je suis les matches sur la concurrence, j'écoute leurs commentateurs (réd: Horreur ! Alors toi aussi t'as donné 2,50 francs à ces voleurs ?!? Ah merde, toi, en tant qu'employé du service public, tu es certainement exempté de redevance, alors t'as un bas de laine...), j'écoute les nôtres et je pense qu'il n'y a pas photo, lâche-t-il sans ciller. Je pense que le public, à de rares exceptions près, se rend bien compte qu'il y a une autre qualité de traitement, qu'il y a d'autres consultants, qu'il y a une autre manière de travailler, qu'en terme de professionnalisme, qu'en terme de sport, on n'est pas à la remorque.»
Des propos ultra-«corporate», que nous ne sommes heureusement pas obligés de prendre comme argent comptant. En passant, il me semble que les dernières recrues du côté de la Tour étaient à bon école dans une boîte privée, non ? Attends, attends... Ah oui, ils bossaient chez ces incapables de Swisscom TV ! Heureusement que de côtoyer Pierre-Alain Dupuis quotidiennement leur a permis de franchir un cap dans leurs carrières qui partaient en vrille...
«Pour certains, il n'y a que l'argent qui compte. Pour moi, c'est la diffusion d'un sport. C'est la promotion d'un sport. Le fait qu'aujourd'hui sur les chaînes de service public on montre du tennis, du cyclisme, du ski, de la F1, de la moto, qu'on montre Gymnaestrada, ça veut dire que nous avons une philosophie qui consiste à montrer la diversité des sports», a-t-il dit à la gentille journaliste qui est en fait sa collègue et que ne semblait guère motivée à le contredire.
Mais c'est pas vrai Massimo, tu viens de quelle planète ? Je veux bien que tu défendes ton bout de gras, mais quand même. Si le sport, le football en particulier, est entré dans un nouvel univers depuis des années, c'est bien grâce à la manne des télévisions privées. C'est sûr qu'on pourra débattre des heures sur le fait qu'il y a trop d'argent dans le foot, que les stars sont surpayées, qu'il descendent pas des bus et blablabla et bliblablu, mais le fait est que le sport le plus populaire de la planète doit son essor aux télévisions à péage.
Que serait le football français sans Canal + par exemple ? La chaîne cryptée a permis à son principal produit d'appel de rentrer dans une nouvelle dimension. Tant du point de vue financier, que du point de vue spectacle. C+ a clairement rendu le football français populaire et Dieu sait que c'esst un bel exploit. Je ne me risquerai pas à comparer la chaîne française à Swisscom TV, mais quand même. Sans ce nouvel acteur dans le paysage audiovisuel helvétique, à quoi aurait-on droit dans notre petite lucarne ? Où était-il possible de regarder son équipe préférée hebdomadairement auparavant franchement ? Sûrement pas sur la TSR, ou alors cela tenait de l'événement.
«Les autres, certains autres, ne font que du business. Peu importe ! A terme, je pense qu'ils ne contribuent pas à valoriser leurs sports, ils se remplissent le portemonnaie, mais c'est un raisonnement très à court terme. Moi je suis convaincu d'une chose: cette logique ne peut pas aller au delà d'un certain point. On a perdu, là, mais je vois mal les gens qui dirigent et qui détiennent les droits les privatiser complétement, parce que qu'ils ont besoin que les gens les voient, le sport doit être vu, vécu, partagé et pas simplement privatisé pour faire du fric», a-t-il conclu dans une tirade digne des meilleurs politiciens en fin de campagne.
Je crois surtout que Massimo, vexé d'une (nouvelle) défaite de son entreprise, s'est complètement trompé de débat. Au final, pour ma part, je ne pense pas que ni le téléspectateur, ni le football ne soient perdants de ce nouveau deal, loin de là. On se réjouit d'ailleurs de voir la réaction du «patron» des sports de la RTS le jour où les droits du hockey lui fileront également sous le nez... M'est avis qu'il s'excitera un peu moins pour ce sport qui est loin d'être son préféré paraît-il.
Vos commentaires
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Regarder une fois un match sur SF, si vous ne pouvez plus suporter la tsr, C'est intéressant, je vous jure.
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Par ailleurs, puisque tu le mentionnes, SF permet effectivement d'éviter de subir les genevois. On peut également noter que les résumés des matchs SF sont toujours plus complets que ceux de la TSR, qui soit choisit de ne pas montrer tous les buts dans un flash de 60 secondes ou au contraire de faire un grand format interminable dans lequel en 20 min elle n'est même pas capable de montrer certaines choses telles que penaltys non-sifflés...
Quant au fait de parler de romands nombrilistes, ce n'est pas nombriliste vouloir les équipes régionales diffusées par la TV régionale non?
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La redevance est due, que tu regardes le service public ou une chaîne privée; on appelle cela une redevance de réception.
Par contre, ce qui est "amusant", c'est que Billag est une succursale de...Swisscom.
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Heureusement qu'il y a la F1!
Qu'on arrête de brasser de l'air avec l'inutile foot helvétique, ses ballerines et ses tapettes gominées.
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@Rédac. Il me semble que pour le hockey c'est la même chose. La TSR ne diffuse que les "derbys romands" et quelques matches de PO, faute d'avoir allongé les biffetons.
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