mardi 15 janvier 2008
par Alex DeLarge
Chez Bode, il y a d'abord un athlète, une force de la nature. En décembre dernier, il traînait par exemple en short et en t-shirt dans les rues de Val Gardena, alors que le thermomètre dépassait à peine le 0 degré et que les autres skieurs s'emmitouflaient pour ne pas avoir froid.
Adolescent, Bode avait pourtant davantage le physique d'un fondeur. Et ce n'est qu'en décidant de faire de l'alpin qu'il a commencé la musculature. Si aujourd'hui il s'entraîne avec l'équipement que l'on trouve dans tout bon fitness, à l'époque il utilisait des appareils fabriqués par ses soins.
Bode, c'est ensuite un style. Un style qui ne ressemble à rien. Un style qui contredit tout ce que l'on enseigne dans les écoles. Sur l'arrière, le haut du corps désarticulé, Miller ne skie pas comme les autres. Ces autres, ils ont de la technique. Lui, il a un don. Un don pour les courbes. Bode marche à la fluidité, aux mouvements naturels qui épousent les mouvements de terrain. Rien à voir avec un Cuche, par exemple, plus puissant et plus mécanique.

Un champion hors norme
Avec un style pareil, il y a toujours du spectacle. Enfin plutôt deux spectacles : le triomphe ou la sortie de piste. Bode est toujours à la limite. Exemple : à Wengen en 2007, il choisit une trajectoire de kamikaze dans le S final qui le fait s'écraser dans l'aire d'arrivée (Bode gagne). Contre-exemple : à Alta Badia en décembre dernier, il essaie de mettre encore plus d'angle dans ses courbes, mais sa fixation ne tient pas et se casse (Bode chute).
Bode est tellement irrégulier qu'il défie toute statistique. Exemple : fin 2004, il remporte une course dans les quatre disciplines en l'espace de deux semaines (surréel). Contre-exemple : avant de se reprendre en slalom à Wengen ce week-end, il ne s'était classé que 6 fois lors de ses 30 derniers slaloms (ridicule).
Bode, c'est aussi un palmarès. 27 victoires en Coupe du monde (record américain), 4 globes de cristal (dont 1 du général), 7 médailles aux JO ou aux Mondiaux. Bode, c'est surtout un mec qui se contrefout de son palmarès. C'est lui-même qui le dit : «Je me suis bien amusé à Nagano en 1998 lors de mes premiers JO. Personne ne me connaissait et je faisais ce que bon me semblait. Ce sont les autres qui veulent que je gagne des médailles. Les médailles gagnées à Salt Lake City en 2002 ne m'ont rien apporté.»

Un roi de la descente en tous genres...
Les médailles, justement. Celle gagnée aux Mondiaux de St-Moritz en 2003 avait été utilisée pour fermer le couvercle des toilettes de son appartement de Patsch en Autriche. «La médaille fait office de contre-poids idéal», avait-il justifié. Quant à la médaille d'or glanée aux Mondiaux de Bormio deux ans plus tard, Bode se l'était fait voler dans un pub de la station italienne (pris de remord, le voleur l'avait finalement rendue).
Bode a aussi une façon toute personnelle de se préparer la veille des courses : il sort. Et ce, même s'il prétend qu'il s'est maintenant calmé. Ce week-end, il n'a pas été vu dans les bars de Wengen. Mais à l'époque, j'en suis témoin, c'était bières et fléchettes jusqu'à pas d'heure.
Cette réputation de noceur, Bode n'a rien fait pour l'étouffer. Plus d'une fois, il s'est exprimé sur l'alcool, disant tout et son contraire. «Je bois toujours un peu lorsque je skie, cela me fait aller plus vite», a-t-il confié récemment à Die Welt. Sur CBS, il y a deux ans, il avait avoué avoir été ivre lors de compétitions. Ce qui lui avait valu cette remarque : «Skier bourré, c'est trop dur. Essayez de faire un slalom quand vous êtes ivre et que vous devez frapper une porte à chaque seconde.»

Un homme à femmes et à foires
Evidemment, on ne sait jamais jusqu'à quel point Bode se fout de la gueule des journalistes en affirmant ça. Même chose avec ses propos sur le dopage, quand il se dit «surpris» que le dopage soit interdit. «Autoriser le dopage, c'est juste car tout le monde à les mêmes chances», a-t-il ainsi lâché, toujours à Die Welt.
Il est fréquent de voir Bode débarquer en salle de presse pour profiter du wi-fi et lire ses e-mails. A Sölden en ouverture de saison, Bode a fait encore plus fort. Il est arrivé au milieu des journalistes avec combinaison, souliers, casque, dossard, bref la totale, à quelques minutes de la deuxième manche. Tandis que tous les autres étaient déjà en haut de la piste à se concentrer et à visualiser le parcours, Bode surfait peinard sur le web (il a ensuite terminé au 5e rang).
Sur Bode, il y a encore des dizaines de choses à raconter. Voilà en vrac celles qui me viennent à l'esprit :
Etc, etc, etc. Je passe sur toutes les autres anecdotes qui construisent le mythe Bode Miller. Sa vie est un roman. Voilà pourquoi c'est le plus incroyable skieur du moment. Mais aussi, le plus incroyable athlète actuel, tous sports confondus. Avouez, ainsi, qu'il y a plus à raconter sur un Bode Miller que sur un Roger Federer...

Un mythe, tout simplement
Vos commentaires
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Merci pour cette ode mérité
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Très bon article.
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Il a vécu sans péril et a donc triomphé sans gloire...
Merci Alex, très bon article.
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