jeudi 10 mars 2011
par Romain Molina (Sharkfoot)
Les verdoyantes collines helvétiques n’étaient qu’un mirage. En se rendant sur les gazons troués des clubs de Challenge League, l’air devint subitement oppressant, comme si quelconque destin funeste rodait autour de ces gradins vétustes et désertiques. Quelques minutes plus tard, mon esprit s’enlisait d’ennui, mortifié par les errances techniques des supposés donneur d’émotions. Je m’écriais intérieurement : «en chasse-taupe ils doivent être bons à Chiasso».
Jérôme Sonnerat, pilier défensif du Lausanne-Sport, apôtre des passes courtes et des déplacements opportuns entre les lignes, confirme cette impression. «Chiasso a pourri tout le match», déplore le polyvalent Français. Malgré le succès 2-1 des Vaudois, les quelques téméraires peuplant la Pontaise (1'150 selon le club, 500 selon Marc-Olivier Reymond) furent autant frigorifiés par la température ambiante que par le manque d’envie et d’imagination des joueurs. Les troupes de Martin Rueda sont pourtant vantées pour leur créativité et leur fluidité, mais le spectateur néophyte jurerait du contraire. Depuis le début du second tour, il n’a pas tort.

Parant au plus pressé, refusant l’élaboration méthodique du jeu au sol, Chiasso est un contre-exemple parfait pour le football helvétique. Néanmoins, les Tessinois ne sont pas les seuls dans ce redouble exercice. Yverdon et ses 11 buts en 17 matches, Kriens (16), Locarno (16) ainsi que les destructeurs du FC Aarau de Michele Polverino (deux expulsions pour deux avertissements + trois jaunes en 13 rencontres) contribuent à cet enlisement qualitatif, infectant les intentions charitables de Lugano et du Servette notamment.
Ainsi, les frileux adversaires s’arcboutent devant leur surface, n’hésitant pas à déployer cinq défenseurs. Or, la belle erreur des Lausannois notamment, est de chercher à faire sortir les protecteurs attitrés de leur cage. «On est attendu, les équipes vont être très défensives et agressives, tentant de nous faire déjouer. C’est pour ça qu’on essaye de jouer un peu plus long, de servir dans la profondeur Matt (Moussilou) notamment, pour les obliger à nous presser», explique Sonnerat, qui renchérit : «C’est bête à dire, mais pour bien jouer, il faut deux équipes et pas une venue pour casser (sous-entendu Chiasso).»
Même si ce constat revêt une part de vérité, il doit être atténué. Une bonne équipe, ayant foi en son jeu, doit être en mesure de dominer, ou du moins, de créer quelque chose face à des clubs démunis d’esprit offensif. Redoublement de passes, occupation de la largeur, pressing plus haut, ces ingrédients catalans permettent d’asphyxier des formations susceptibles de craquer psychologiquement et techniquement. Or, la faiblesse du bas de tableau de Challenge League se prête à ce jeu, ce que Vaduz a compris, malgré son jeu parfois rudimentaire.
La combativité, parfois extrême (40 jaunes et 2 rouges, pire équipe au fair-play !) du leader leur permet de récupérer aisément des ballons et de pousser la concurrence à la faute. Les spectateurs du Rheinpark ne peuvent pester contre l’envie des siens et leur sacrifice collectif. Tout le contraire des supporters de Locarno où l’intensité semble bannie du Stade Lido. Ce qui entraîne une baisse de l’affluence moyenne, comme dans tous les autres clubs de Challenge League, hormis chez les trois joueurs, Lausanne, Lugano et le Servette ainsi que chez le leader Vaduz. Coïncidence ? Sans doute pas, même si les bons résultats aident aussi à la fidélisation du public. Bienne (7e) peut en témoigner, malgré un jeu séduisant et une assistance rachitique (728 contre 715).

«C’était mieux avant», se plaisent à affirmer les nostalgiques du football de grand-père. Toutefois, cette rengaine n’est pas forcément justifiée à propos de la Challenge League. Le spectacle n’a jamais été flamboyant les dernières saisons. Néanmoins, les tribunes se réchauffaient aisément avec des buts massifs. Depuis 2007/2008, la moyenne de buts est en hausse: 3,08, 3,09 et 3,17 par match. Malheureusement, la cuvée 2010/2011 décroit sensiblement : 2,97 goals par rencontre.
Ce chiffre n’est que l’aboutissement d’une mentalité changeante. Si les budgets ne permettent pas d’attirer des pointures, ils ne sont en aucun ras responsables de la non-prise de risques des équipes. Certes, la relégation est effrayante. Néanmoins, la désertion et le désamour des clubs sont d’autres fléaux, méritant une réflexion poussée. Car, sincèrement, on se fait chier au bord des pelouses…
Photos Pascal Muller, copyright www.mediasports.ch
Sharkfoot, web magazine mensuel, téléchargeable gratuitement au format pdf. Du ballon rond de Belgique, de France, de Suisse, mais aussi de nos voisins européens et africains, avec une once de créativité et une touche d'originalité.
Vos commentaires
Cliquez sur une étoile pour évaluer.
Aller Servette !
Cliquez sur une étoile pour évaluer.
Cliquez sur une étoile pour évaluer.
Moi qui proclamait que la jouerie du LS etait magnifique cette saison...je retombe gentillement sur terre en voyant les performances du 2eme tour. Maintenant avec un ecart si petit entre les 4/5 premiers, j'espere quand meme que le football "offensif" va refaire surface, sinon c'est la deprime totale!
Allez les Lausannois, montrez nous un peu plus de fierte, faut se battre pour une promotion, pas l'attendre comme un cadeau!
ps- avec bientot une ligue a 10 dont 8 places comptent pour beurre, ca craint la Challenge Megachaussures Ligue..aie aie aie
Cliquez sur une étoile pour évaluer.
Cliquez sur une étoile pour évaluer.
Quand ton piètre Lausanne sports aura la même affluence que Gottéron et Genève servette tu causeras.... et on est loin du compte pour le moment !!!
Cliquez sur une étoile pour évaluer.