Exclusivité

vendredi 29 janvier 2010
par  Gary Romain

24 heures avec... Christian Jeanpierre

En prenant la place du regretté Thierry Gilardi, Christian Jeanpierre a touché au Graal du journaliste sportif francophone : commenter les Bleus et présenter Téléfoot. CartonRouge.ch a choisi de le suivre pendant 24 heures, pour comprendre comment marche l'émission référence du football français.

Rendez-vous était donné le lundi à dix heures, juste avant la conférence de rédaction de Téléfoot. L'instant qui donnera le «la» de la semaine de préparation de l'émission culte lancée par Pierre Cangioni en 1977. Nous rejoignons donc tous les journalistes de la chaîne numéro un en France, alors qu'ils entament les débats. «Bon cette semaine il faut innover», lance d'emblée Christian Jeanpierre. Il est vrai que depuis que les droits du magazine du dimanche concernant la Ligue 1 sont passés dans le giron de Canal+, il n'est pas aisé de meubler l'heure dévolue à son émission.

Heureusement, Christian, il fourmille d'idées. «Ça fait au moins deux semaines qu'on n'a pas fait de reportages sur la crise au PSG ! Toi, tu vas au Camp des Loges et tu y restes jusqu'à jeudi», dit-il à un de ses collègues. «Et je fais quoi les autres jours ?», lui rétorque le journaliste. «Ben comme d'hab'. Tu prends des images d'archives et tu tentes de reconstituer une action du match comme si on y était, mais évite les moments où on voit Raï et Valdo comme la dernière fois, ça fait pas sérieux.»

Idée géniale

Les dix premières minutes de l'émission bouclées, il faut encore trouver de quoi nourrir la curiosité du téléspectateur pendant près de cinquante minutes. Enfin cinquante minutes, moins les trois fois sept minutes de publicité... C'est alors qu'Abdel, le nouveau stagiaire, a une idée géniale. «Et si on faisait une interview croisée de Didier Drogba et Samuel Eto'o», demanda-t-il l'air de rien. Cela avait déjà été fait douze fois depuis le début de la saison, mais malgré tout, cela semble emballer le rédacteur en chef.

«Ouais, super idée, de toute façon on n'a toujours pas d'actu. Mais tu fais pas comme la semaine dernière lorsque les deux joueurs se posaient des questions mutuellement, cette fois tu fais l'analyse de leur jeu par Vincent Duluc, Arsène Wenger et Jean-Michel Larqué». Problème, la semaine dernière, Téléfoot avait déjà fait réagir Vincent Duluc, Arsène Wenger et Jean-Michel Larqué sur les réponses que se donnaient les deux Africains. «On leur donne de la thune pour leur exclusivité, autant rentabiliser l'affaire...», tente de s'auto-convaincre le Haut-Garonnais.

Bon, la première moitié de l'émission, ça, c'est fait, reste une vingtaine de minutes à meubler. Pas con, Christian se dit qu'un «zapping» ça mange pas de pain et ça a toujours bien fonctionné. Et comme TF1 pense à tout, mais surtout à recycler des trucs pas chers, une rediffusion des meilleurs moments du «Foot en folies», ça le fera. Au pire, ça laisse du temps de cerveau disponible pour la pub qui vient juste après. Pis comme dans les pubs, y'a aussi Drogba, ça donne l'impression aux gens qu'ils sont toujours en train de regarder Téléfoot. «Au pire, si on n'a pas assez d'images avec des joueurs qui se prennent des ballons dans les c*******, on passe le reportage sur la renaissance de Ronaldinho qu'on avait tourné y'a 18 mois, il peut resservir.»

Une journée avec Benzema

Malgré toutes ces idées brillantes, il reste toujours ces satanées dix dernières minutes à remplir. Romain Del Bello a bien tenté de lancer le sujet «est-ce que l'OM peut encore sauver sa saison», cela ne convainc personne. Un «marronnier», paraît-il. Alors heureusement que David Astorga a eu l'illumination de l'année : suivre Benzema pendant toute une journée dans les coulisses du Real Madrid. L'émission est prête, malgré les charges de deux autres employés : avec son idée de «Thierry Henry va-t-il marquer un jour», Bixente Lizarazu a été écarté, tout comme Frédéric Calenge avec son «Cristiano Ronaldo a-t-il été marabouté, enquête dans le 9-3».

Il est 10h02, Christian Jeanpierre a désormais quartier libre jusqu'à dimanche. Comment va-t-il bien pouvoir organiser sa journée ? Gêné par son inactivité devant nous, il choisit de monter dans le premier bus venu. Il se dit qu'en route il trouvera bien une idée pour nous faire croire qu'il travaille. Il gagne du temps en nous expliquant comment il a reçu le prix de meilleur commentateur décerné par Le Monde en 2006, mais avec ses grandes phrases, il attire l'oreille d'un passager. Celui-ci commence à avoir des spasmes, puis, dans un élan de folie, il se jette sur le commentateur de TF1 pour tenter de le stranguler.

PES 2009

«Ordure !», dit-il avec véhémence, «ça fait six ans que je me tape ta voix à la con toute la journée sur PES et j'arrive pas à finir européen avec le PSG. Tu vas payer cette fois ! P'tain, c'est pas de ma faute si Chantôme il merde ses passes en profondeur, tu vas définitivement arrêter de te moquer de moi dans le jeu sinon je te tue jusqu'à que tu sois mort !» Choqués, nous nous interposons tout de même et relevons le pauvre Christian qui peine à reprendre son souffle.

«C'est la troisième fois que ça m'arrive cette semaine», lâche-t-il, l'air dépité. «L'autre jour, on a essayé de me prendre en otage. Mes ravisseurs ne voulaient pas me relâcher tant que je ne leur donnais pas l'adresse de Jean-Mimi. Ils m'ont dit vouloir mettre le feu à sa maison. Mais moi je n'ai pas lâché le morceau.» Ce qui le commentateur n'avait pas imaginé, c'est que les malfaiteurs allaient demander une rançon que TF1 refuserait de payer...

«On pourra faire une émission avec Pascal Le Grand Frère ou faire passer ces jeunes voyous dans Confessions intimes», avait alors analysé Patrick Le Lay, friand de ce genre de péripéties. Mais, lassés par ses théories sans queue ni tête, les vilains kidnappeurs ont fini par le relâcher nu, en pleine nuit, au milieu du Bois de Boulogne. Il en a d'ailleurs été quitte pour le surnom de «Moutinho» au sein de sa rédaction, en raison de sa chevelure proche du mouton et de ses amitiés nouvelles avec quelques travestis brésiliens de la région.

Le Droit de savoir

Depuis, Christian vit dans l'insécurité la plus totale et comprend mieux les reportages du Droit de savoir... Même quand le serveur a brandi sa bourse à l'heure d'encaisser le repas de midi, on a pu apercevoir un tressaillement de frousse chez Christian. «Je ne pensais pas que les jeux électroniques pouvaient rendre les gens maboules à ce point», s'est-il lamenté, alors que des maux de ventre commençaient à lui tordre les boyaux.

«Mais enfin, que se passe-t-il ?», a-t-il eu à peine le temps de se demander avant que son dîner ne ressorte presque intact sur ses genoux. Après une courte enquête, l'identité des coupables fut rapidement trouvée. Les employés de l'établissement culinaires où nous avions fait étape l'avaient en effet pris pour Denis Balbir ! «Ah c'était pas lui», s'est étonné le patron. «C'est dommage, parce que le singe hurleur, là, je lui aurais bien fait sa fête», a-t-il dit en pensant au commentateur d'Orange Foot. «C'est tous des pourris dans ce métier. L'autre jour, Balbir il est venu manger avec Basile Boli et a essayé de nous payer en tickets de Lotofoot... On est vraiment désolés, on a tous craché dans sa pizza, c'est peut-être ça qu'il n'a pas pu digérer».

Décidément, la vie de Christian Jeanpierre n'est pas un long fleuve tranquille. Il est à peine 14h40, quand il nous fait savoir qu'il ne souhaitait pas continuer notre reportage. Déçus, nous décidons tout de même de le filer pour pouvoir rendre fidèlement compte à nos lecteurs de sa vie quotidienne. 14h50 : il entre dans son immeuble. 15h02, nous le voyons par sa fenêtre se vautrer devant 7 à la maison. 15h07, le cerveau plein de temps disponible, il s'endort.

Vos commentaires

Aucun commentaire...pour l'instant.

Donne ton avis!

Image CAPTCHA pour prévenir l'utilisation abusive
Si tu ne peux pas lire toutes les lettres ou chiffres, clique ici.
*

10 derniers articles

Vous êtes ici :  Accueil