dimanche 31 janvier 2010
par Gary Romain
A tous les niveaux, le jeu de ballon a perdu du terrain en Afrique. Après des années de progression et de nombreux pas en avant, cette année a été celle de la balle dans le pied – sans mauvais jeu de mots – pour les équipes africaines. Dans le sillage de ce que nous propose la FIFA depuis des années, la CAF est infestée de dirigeants plus prompts à regarder le fond de leur poche plutôt que d'ouvrir les yeux sur ce qui ne va pas. L'avenir du foot est en Afrique, dit-on communément, et bien il attendra.
La CAN 2010 devait faire office de lancement parfait pour la grande fête en Afrique du Sud. Las, la compétition a stigmatisé tous les problèmes possibles et imaginables dans ce coin de la planète. En allant chercher un peu plus loin, la lente descente aux enfers avait débuté en Egypte, lorsque l'Algérie avait été honteusement attaquée sans que la CAF ni la FIFA ne prennent la moindre sanction. Les journaux cairotes avaient même poussé le vice jusqu'à accuser les «Fennecs» d'avoir eux-mêmes brisé les fenêtres de leur bus de l'intérieur (!).
Au final, l'Egypte avait perdu au Soudan en match d'appui, dans ce qui ressemblait plus à une logique morale qu'à celle du terrain. Car on a beau dire, on a beau faire (© Thierry Roland), Zidan et cie forment la plus belle phalange du continent. On peut le voir à l'heure actuelle dans les stades angolais, aucune autre formation n'a atteint une telle maturité tactique. L'exemple de la demi-finale face à l'Algérie (4-0) a été frappant. Le calme, la sérénité et la maturité de cette équipe n'a pas d'équivalent.

Pendant que les internationaux ivoiriens, nigérians ou algériens pensent plus à garnir leurs portemonnaies en Europe, les Egyptiens, eux, restent traditionnellement au pays. Ils y ont certes des salaires confortables, mais cela leur permet surtout de montrer une implication toute autre au moment de porter le maillot national et de ne pas perdre la moitié de leur influx nerveux à négocier des primes avec leurs fédérations respectives. Hormis les exceptions Zidan à Dortmund, El-Hadary et son passage furtif à Sion et Mido avant qu'il se fasse exclure du groupe, tous jouent encore au pays (enfin c'est ce que je crois, trouver les clubs des éléments du contingent de l'Egypte lors de cette CAN n'est pas chose aisée sur le net, semblerait qu'il y ait quelques-uns en Belgique et en Arabie Saoudite aussi, mais bon...).
Bref, la parodie de football proposée lors de cette édition 2010 n'a pas fait du bien au football africain et ce à absolument tous les niveaux. Des gardiens fantaisistes à l'image de Kameni – pourtant d'habitude excellent –, des arbitres complètement largués, des buts marqués de quarante mètres et d'autres loupés à trois mètres (Messieurs les Ivoiriens, si vous me lisez...) et quelques tacles venus du fond des âges – et après les Algériens mettent la faute sur l'arbitre –, on dirait un vieux film qui repasse en boucle.
Après, il ne faut pas s'étonner que les deux seules équipes à avoir un plan de jeu clair se retrouvent en finale. On a déjà évoqué le cas égyptien, mais le Ghana est lui aussi bien en place. Avec l'ossature de la formation sacrée championne du monde M20, les «Baby Black Stars» ont réussi l'exploit de se hisser en finale en marquant seulement quatre buts de toute la compétition. Mais voilà, eux, ils savent défendre et, surtout, profiter des lacunes adverses à la finition. Alors que les équipes africaines ont tendance à engager des coachs étrangers – surtout français – à foison, il est particulièrement intéressant de noter que trois coachs demi-finalistes sur quatre étaient africains. Seul Milovan Rajevac, le coach serbe du Ghana, perpétue la tradition des «sorciers européens».
Outre toutes ces considérations technico-tactiques, c'est l'absence de passion locale pour la CAN 2010 qui a déçu en premier lieu. Mais s'il ne fallait retenir qu'une seule chose de la compétition angolaise, c'est l'imbécilité crasse d'Issa Hayatou. Passons sur l'épisode tragique du mitraillage du bus togolais, pour en venir à la décision prise par la CAF d'exclure les «Eperviers» de l'épreuve pour les deux prochaines éditions.

Dans un premier temps, choqués par la perte de deux membres de la délégation, Emmanuel Adebayor et ses coéquipiers décident de s'en aller. Après réflexion, et malgré l'absence de plusieurs éléments, ils choisissent de jouer pour rendre hommage aux disparus. Le gouvernement togolais, lui, intime finalement l'ordre à ses représentants de quitter l'Angola. Et c'est là que le bât blesse, car c'est sur cet argument que se base la CAF pour exclure le pays. Ainsi, disons-le clairement, il tue le football d'un pays qui ne vit que pour ce sport.
D'accord, le Togo n'est pas l'exemple-même de l'efficacité organisationnelle, comme en atteste par exemple le flou artistique de la Coupe du Monde 2006, lorsque les joueurs avaient menacé de faire grève pour le match contre la Suisse. Mais en arriver à un tel mépris de la vie humaine, en arriver à de telles inepties dans les décisions, il faut vraiment que quelque chose cloche dans la tête de ces types... En fait, il suffit simplement de se dire que Sepp Blatter a besoin du vote des pays qu'Hayatou a sous la coupe pour s'assurer un quatrième mandat à la tête de la FIFA pour être certain d'une chose : rien n'est près de changer en Afrique. Là où le football avait un avenir. A l'époque...
Vos commentaires
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En tout cas, +1 pour l'article, qui expose de manière acide les vraies plaies du foot africain. Ils ont les joueurs, les techniciens, mais la fruit est pourri de l'intérieur. La mentalité des joueurs égyptiens de l'autre côté est exemplaire, dommage que leurs concitoyens n'aient pas une once de modération, ils ont compromis la qualification de leur équipe.
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Mlle Hend Thabet, Accueil
Voici la composition de la CAF, tous les noms arabes sont des Egyptiens pour infos. Vous comprendrez maintenant pourquoi les Egyptiens sont performants lors de la CAN organisee par la CAF, et beaucoup moins lors des eliminatoires de la coupe du monde organisee par la CAF. Ca ressemble plus a un extension de la federation egyptienne de football qu'autre chose....
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Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, je vous suggère la lecture de "Carton Rouge" (le bien nommé...) d'Andrew Jennings. Celui-ci corrobore les dires de Gary quant au fléau Blatter, Hayatou & cie...
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Lol, de mieux en mieux à la CAF. Apparemment, le fait que les Algériens aient fini ce match à 8 ne leur suffisait pas.
Ubu roi.
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Dommage...habituellement vous vous montrez plus perspicaces. Keep going
Un fan
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